« Ensemble, on est capables de grandes choses. »

D’où est née l’idée de raconter l’histoire du Chant des Lions ?

L’idée est née dans une librairie, quand je suis tombé sur une réédition de Sur la piste du lion, une biographie de Joseph Kessel. En redécouvrant le parcours de ce personnage extra-ordinaire, j’ai compris qu’il y avait là une formidable histoire d’amour et de Résistance à raconter. Parce qu’elle retrace aussi la naissance du Chant des Partisans et que j’avais envie de créer un spectacle musical, cette histoire s’est imposée comme une évidence.

Le spectacle est né d’une écriture à quatre mains avec Alexandre Foulon. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Nous avons commencé à nous documenter chacun de notre côté, en nous répartissant les lectures sur Germaine Sablon et Joseph Kessel. Nous avons écrit des scènes séparément avant de nous retrouver pour construire ensemble l’architecture de la pièce. La structure, les choix dramaturgiques, les personnages : tout a été discuté et décidé à deux.

La pièce s’appuie sur des personnages et des faits réels. Quel travail de recherche avez-vous mené ?

Nous avons beaucoup travaillé à partir du livre de Dominique Bona, Un amour de Kessel. Les archives radiophoniques ont également été précieuses, notamment les émissions de France Culture auxquelles Kessel avait participé. Mais l’un des moments les plus marquants de cette aventure reste notre rencontre avec les ayants droit de Germaine Sablon. Ils sont arrivés avec une véritable valise d’archives : des photographies, des lettres, des dédicaces, des documents signés… Des pièces très intimes qui nous ont permis de toucher au plus près la réalité de ces vies extraordinaires.

Les thèmes du spectacle semblent résonner fortement avec notre époque. Était-ce votre intention ?

Pas forcément au moment de l’écriture, mais très vite, nous avons constaté combien cette histoire dialoguait avec notre présent. Les questions du courage, de l’engagement, de la fraternité ou encore de la résistance face aux totalitarismes résonnent aujourd’hui avec une force particulière. De plus, Germaine Sablon, était une femme d’une modernité incroyable, en avance sur son temps.

Y a-t-il une scène que vous avez particulièrement aimé écrire ?

Oui, une scène qui s’inspire d’un épisode réel, mais que nous avons largement réécrite : celle où Joseph Kessel et Germaine Sablon se retrouvent dans un train et découvrent qu’ils appartiennent au même réseau de Résistance, alors qu’ils ne sont plus amants. Tout est là : le danger, les sentiments, la tension dramatique.

Avez-vous accompagné le projet lors de sa mise en scène, en assistant notamment aux auditions, aux répétitions ou aux différentes étapes de la création ?

Oui, j’ai suivi le projet dès les auditions. Pour chaque personnage, le choix des interprètes s’est imposé comme une évidence. Thierry Pétrat, notamment, apporte beaucoup de comédie au spectacle.

La musique occupe une place essentielle dans le spectacle. Comment s’est construite cette dimension avec Mehdi Bourayou ?

Mehdi possède cette capacité rare à créer des univers sonores singuliers. Il a imaginé un dispositif inédit, presque un instrument à part entière, que nous avons fini par appeler le « Kesselophone ». À travers des micros, des ordinateurs et des traitements sonores, il donne au son une place centrale dans le récit. D’une certaine manière, le son est devenu lui-même un personnage du spectacle.

Qu’est-ce que le théâtre permet de raconter que d’autres formes artistiques ne permettent pas toujours ?

Ce que je trouve incroyable au théâtre, c’est cette capacité à provoquer une rencontre. Pendant 1h30, les spectateurs partagent littéralement un moment avec Joseph Kessel et Germaine Sablon. Peu d’arts nous permettent d’être réunis dans une même salle pour revivre ensemble un pan de l’Histoire.

Le spectacle a reçu trois nominations aux Molières dès sa deuxième création. Que représente cette reconnaissance ?

C’est évidemment une immense chance. Ces nominations offrent surtout une belle visibilité au spectacle et permettent de remettre en lumière la figure de Germaine Sablon, qui mérite largement d’être redécouverte.

Si les spectateurs ne devaient repartir qu’avec une seule idée après avoir vu Le Chant des Lions, laquelle aimeriez-vous transmettre ?

Lorsque nous écrivons, nous essayons toujours de résumer le spectacle en une phrase. Pour celui-ci, ce serait sans doute : ensemble, on est capable de grandes choses. Joseph Kessel lui-même n’avait pas l’oreille musicale ; seul, il n’aurait probablement jamais écrit le Chant des Partisans. Il a fallu des rencontres, des talents différents, une équipe pour que naisse cet hymne. C’est cette force du collectif que nous avions envie de célébrer.

Le Chant des lions est un spectacle qui s’inscrit dans le parcours Devoir de mémoire et devoir de résistance.

Découvrez ce spectacle sur scène, du mercredi 14 au samedi 17 octobre 2026.