Diriez-vous que Made in France est d’abord une comédie, une pièce politique ou une pièce sur le monde du travail ?
Tout ça à la fois : c’est une grande comédie faite de tragédies individuelles ! Chaque personnage se débat avec ses propres enjeux, de la syndicaliste au directeur, en passant par la salariée ou la ministre. Face à ces situations, l’incompétence du personnage principal, Émile, crée un décalage qui fait naître le rire.
Propulsé défenseur principal de l’usine malgré son « incompétence », qu’est-ce qui vous intéressait dans ce décalage ?
Avec mon co-auteur, Paul-Éloi Forget, nous voulions raconter la desindustrialisation de façon populaire et accessible, tout en étant exigeant. Pour éviter de tomber dans la caricature et dans le militantisme, nous avons choisi un point de vue décalé, qui ne soit ni totalement celui d’un ouvrier ni totalement celui d’un patron. C’est ainsi qu’Émile est devenu le personnage principal.
Son avenir est intrinsèquement lié à l’usine, vouée à fermer. Pour la sauver, il va devoir en comprendre les enjeux économiques, politiques… C’est aussi ce qui permet au spectateur de mieux appréhender ce monde.
Après Coupures en 2024, Made in France poursuit votre travail d’écriture à quatre mains avec Paul-Éloi Forget. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Nous avions déjà 13 ans de travail ensemble quand nous avons commencé l’écriture de ce spectacle. Ce lien facilite la co-écriture. En plus, nous avions une envie commune : raconter comment il est possible de sauver une usine.
Vous jouez vous-même dans le spectacle, en plus de l’écrire et de le mettre en scène. Est-ce que ça change votre rapport au texte, de savoir que vous allez devoir le porter physiquement sur scène ?
Oui, ça change beaucoup de choses. Déjà c’est stressant : j’ai une double pression sur les épaules ! En plus, en étant sorti d’une école de commerce, j’ai l’impression que je dois toujours beaucoup travailler et surtout beaucoup plus que les comédiens qui m’entourent sur le plateau. Mais j’ai un assistant à la mise en scène qui me fait des retours et on fait des captations vidéos afin d’avoir du recul sur ce qu’on fait.
Et puis, en tant que repenti diplômé d’HEC, c’est cathartique de jouer un directeur d’usine !
Votre théâtre se veut populaire tout en étant profondément citoyen. Comment conciliez-vous ces deux dimensions ?
Nous avons consacré beaucoup de temps à la documentation : lecture de rapports parlementaires, recueil de témoignages de conseillers industriels, économiques et politiques mais aussi d’ouvriers et de syndicalistes. De cette matière est née la dramaturgie. Si nos spectacles sont politiques, ils ne sont politisés : ils posent des questions, interrogent, et offrent au public un temps de réflexion commune. In fine, les spectateurs nous disent souvent : « J’ai vraiment beaucoup ri, et j’ai aussi tout compris. »
La pièce parle de travail, d’industrie, de politique et d’écologie : lequel de ces sujets semble susciter le plus de réactions dans les discussions avec le public ?
Au théâtre, on est tous ensemble dans une agora mais ce n’est pas pour autant que tout le monde vit la même chose. Chaque personne interprète le spectacle à sa manière. Ce qu’on trouve intéressant c’est de confronter ces différentes visions.
Votre compagnie, La Poursuite du Bleu, s’est engagée sur l’écologie et la parité au plateau. En quoi ces exigences influent sur votre manière de créer un spectacle ?
Ces choix forts transforment en profondeur notre manière de créer. Par exemple, pour limiter les effets de serre nous avons fait le choix de partir en tournée avec un camion de 8 m³ maximum ; cela a nécessairement des conséquences sur le décor. Le scénographe et le metteur en scène doivent faire preuve d’inventivité. Mais ces contraintes sont aussi une occasion d’être encore plus créatifs !
Renoncement à l’avion, éco-conception des décors, régime 100 % végétarien en création comme en tournée : ces engagements sont-ils difficiles à tenir ?
Ce sont des positions fortes, auxquelles nous tenons. À partir du moment où l’on pose des questions sur la gestion des ressources ou sur l’écologie, il nous semble essentiel d’être nous-mêmes cohérents avec ce que nous défendons.
En mai dernier, vous avez reçu le Molière de la mise en scène, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Ce Molière vient avant tout saluer un travail collectif. Cette reconnaissance nous touche d’autant plus que nous sommes une compagnie indépendante qui produit majoritairement ses spectacles.
Après avoir consacré un spectacle à la désindustrialisation, quel serait le prochain grand sujet de société dont vous aimeriez parler ?
Plusieurs projets sont actuellement en réflexion. Ils abordent tous, à leur manière, des questions de société et viendront prolonger les réflexions amorcées avec nos deux premiers spectacles : Coupures et Made in France.
Je ne vous en dis pas plus mais nous aurons certainement l’occasion de les présenter prochainement à Carquefou !
Découvrez Made in France sur scène, du mercredi 18 au samedi 21 novembre 2026.





